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19/10/2018

Petit update sur les robots et ce qu’ils peuvent

On se rassure en se disant que les robots et les machines plus ou moins intelligentes ne remplaceront pas les humains de sitôt. On se raconte volontiers deux types d’histoires :

1/ les robots, qu’ils soient physiques ou logiciels, ne sont pas près de nous égaler ; il leur manque ce qui est censé nous caractériser, nous humains – à savoir la polyvalence, l’adaptabilité, l’intuition, l’inventivité, le sens de l’à-propos, sans oublier l’empathie, l’humour,  la capacité à ressentir des émotions, etc.

2/ même si les robots remplacent les humains dans tout un tas de tâches fastidieuses, physiquement pénibles ou requérant des capacités computationnelles qui dépassent de loin celles du commun des mortels, le travail n’est pas prêt de disparaître, lui ! L’emploi, peut-être, mais pas le travail humain… C’est ce que l’essayiste Nicolas Bouzou nous explique en long et en large dans son dernier opus « Le travail est l’avenir de l’homme ».

Question de timing

Seulement, voilà : dans un cas dans l’autre, on n’en sait rien… On ne sait pas à quel rythme évoluent les technologies d’automatisation et d’intelligence artificielle. On ne sait pas à quelle vitesse telle ou telle catégorie d’emplois est susceptible d’être remplacée par des machines. Car il ne suffit pas que la machine existe pour que l’humain soit remplacé. J’en veux pour preuve la persistance massive des emplois de caissier dans les supermarchés alors que cela fait bien 15 ans que les caisses automatiques sont au point. Le job a beau être pénible et peu gratifiant, et la machine pour le remplacer a beau exister, la substitution ne s’est toujours pas concrétisée. Bizarrement, la société n’est pas prête : avez-vous remarqué que l’on ne va vers les caisses automatiques que quand la queue parait trop longue aux caisses « classiques », celles où il y a des employés ? Et pourtant quel mal ne dit-on pas de la plupart de ces employés !!! Serait-ce qu’un petit bout de contact humain, même avec un bonjour de pure convenance, nous serait toujours plus agréable que la confrontation avec la machine à scanner les codes barres ?

La seule chose qu’on sait, parce qu’on nous le répète à l’envi, que « ça va vite, très, très vite» et d’autant plus vite que jamais autant de chercheurs n’ont été mobilisés dans le monde pour faire avancer l’automatisation sous toutes ses formes, dans tous les secteurs. Et les technoprophètes de nous jurer que des emplois, la technologie va en générer beaucoup plus qu’elle ne va en détruire. On ne sait ni lesquels, ni à quelle échéance, mais ça ne peut manquer de se produire – disent-ils, convoquant Schumpeter et le sens de l’histoire pour conforter leurs thèses. Charge aux gouvernements de gérer la transition et le désarroi de ceux qui auront du mal à trouver leur place dans la société automatisée de demain ou après-demain…

Les robots peuvent beaucoup plus qu’on croit

Si vous en doutez, regardez la vidéo à la fin de ce billet sur la révolution robotique dans l’industrie. C’est en Asie que se joue cette révolution, en termes tant de production de robots industriels (par des robots) que d’implémentation de ces mêmes robots. Le graphique ci-dessous remet les idées en place sur la place de l’Europe et des États-Unis dans la montée en puissance des robots industriels.

Et n’imaginez pas que ces robots-là sont de « bêtes » machines-outils : ils sont dopés à l’IA et au machine learning et font, seuls ou aux côtés de leurs collègues humains, des choses que seuls des hommes et des femmes pouvaient faire il y a encore deux ou trois ans. La bonne nouvelle, c’est que quand l’homme et la machine coopèrent, par exemple sur une chaîne de production, ils sont beaucoup plus productifs que s’ils opèrent séparément.

Bon, ne nous berçons pas trop d’illusions : même dans le schéma où la collaboration homme-robots est optimale, il faut beaucoup moins d’humains. Ça ne résout pas la question quantitative des emplois, mais ça permet de baisser les coûts, et de les baisser encore un peu plus dès que de nouveaux robots peuvent faire mieux que les précédents ou remplacer d’autres collègues humains…

Ce qui se passe actuellement dans l’industrie et dans la logistique en Asie, en premier lieu en Chine,  préfigure ce qui se prépare dans le monde des services. Alors oui, nous sourions ou nous nous énervons quand un chatbot de Service Client s’emmêle les pinceaux et répond à côté de la plaque au bout de trois questions… Ils ne peuvent que s’améliorer. OK. Mais que fait-on pour que les humains continuent eux-aussi à progresser ? Que fait-on pour qu’ils développent ce qui les différencie des machines ? Pourquoi les métiers relationnels où leur valeur ajoutée est reconnue par tous sont-ils si mal payés, si mal valorisés ?

Je vous laisse méditer sur ce que dit Erik Brynjolfsson du MIT (et auteur avec Andrew McAffee d’un bouquin qui a fait sensation en 2014 : The Second Machine Age) à la fin de la vidéo :

« Des centaines de millions de jobs vont devenir inutiles parce que les robots les feront. La décennie qui vient peut être la meilleure de l’histoire humaine ou la pire, parce que nous avons plus de pouvoir que nous n’en avons jamais eu. Les outils eux-mêmes ne vont pas tirer vers le haut les milliards de gens qui seront laissés sur le bord de la route. A nous de faire les choix de ce que nous voulons, en tant que société et en tant qu’individus. »

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