Impossible de passer à côté, le sujet de l’intelligence artificielle est omniprésent depuis de nombreux mois maintenant, et il est également pus que d’actualité dans le domaine de la relation client. Analyse de données, automatisation, gestion automatique de certaines demandes, les possibilités offertes par l’IA sont multiples, et source de nombreux avantages. Mais cette technologie pose également la question de la sécurité des données, qui ne doit surtout pas être prise à la légère. Nous faisons donc le point sur les bonnes méthodes pour tirer profit de l’intelligence artificielle tout en conciliant performance et conformité.

1. Pourquoi la sécurité des données clients est un enjeu central à l’ère de l’IA

A. Une réglementation de plus en plus stricte

L’avènement de l’intelligence artificielle dans la relation client s’accompagne d’un durcissement notable des exigences réglementaires en matière de sécurité des données clients. Face à la sophistication des traitements automatisés, les autorités de protection des données, en France comme en Europe, adaptent leur cadre légal pour prévenir les abus, encadrer les usages, et garantir les droits fondamentaux des individus.

Le RGPD impose notamment depuis 2018 des principes stricts en matière de collecte, traitement, conservation et sécurisation des données personnelles. Ce règlement fait figure de référence, et toute entreprise collectant et traitant des données à caractère personnel doit s’y conformer, en particulier lorsqu’elle recourt à des technologies de traitement avancé comme l’IA.

Aussi, le futur règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’AI Act, dont l’entrée en application est prévue en 2026, introduira un classement des systèmes d’IA selon leur niveau de risque. Les systèmes à « haut risque », souvent utilisés dans les secteurs bancaire, RH ou de la relation client, devront répondre à des critères stricts de conformité, de traçabilité et de gouvernance des données, le tout en étant soumis à surveillance humaine.

En parallèle, le Data Governance Act et le Data Act, adoptés récemment par l’Union européenne, ont pour but d’encourager un usage plus encadré, transparent et équitable des données, y compris celles générées par les utilisateurs. Ces textes imposent une plus grande rigueur dans la gestion du consentement, la portabilité des données et le transfert de celles-ci entre les systèmes d’information, en renforçant dans le même temps la protection contre les usages commerciaux détournés.

En France, la CNIL multiplie les contrôles et publie régulièrement des lignes directrices sur l’usage de l’IA. Elle exige, par exemple, la réalisation d’analyses d’impact sur la vie privée (AIPD) dès lors que des traitements automatisés à grande échelle sont envisagés. Les entreprises qui utilisent des CRM intégrant des fonctions d’IA sont ainsi fortement incitées à anticiper leur conformité, sous peine de sanctions financières.

B. Des attentes fortes côté clients

Avec l’omniprésence du digital, les utilisateurs attendent des entreprises qu’elles fassent preuve d’une totale transparence et d’un engagement tangible en matière de sécurité des données clients. Loin d’être un simple critère secondaire, la protection des données personnelles est perçue comme une condition préalable à toute relation commerciale pérenne.

La crainte d’un usage détourné des données, d’un ciblage excessif, voire d’une surveillance implicite, incite une partie importante des consommateurs à faire preuve de la plus grande vigilance. Cette attente ne concerne pas uniquement le respect des obligations légales, car elle porte aussi sur la capacité des entreprises à se montrer éthiques.

Dans la relation client, cela se traduit par le besoin d’être informé des traitements effectués, de pouvoir gérer ses préférences de confidentialité facilement, ou encore d’obtenir des garanties quant à la localisation et à la conservation des données. Les zones d’ombre quant à la manière dont les algorithmes traitent les données peuvent être interprétées comme des menaces, et même aller jusqu’à provoquer un désengagement.

Les fuites de données qui sont relayées par les médias contribuent également à sensibiliser l’opinion publique. Une faille de sécurité peut entraîner une perte de confiance en la marque, avec des conséquences directes sur sa réputation et la fidélité client. Les entreprises doivent donc se montrer proactives pour démontrer qu’elles font le nécessaire pour sécuriser les données personnelles.

Les attentes sont tout aussi fortes dans le B2B. Les professionnels, et notamment ceux qui exercent leur activité dans des secteurs sensibles, exigent de leurs prestataires une parfaite conformité. Les critères liés à la sécurité des données, à la souveraineté technologique et à la gouvernance éthique de l’IA sont en effet devenus d’une importance capitale dans les appels d’offres ou les décisions de changement de fournisseur.

C. L’IA, un levier de performance… mais pas sans risques

L’intelligence artificielle bouleverse en profondeur la gestion de la relation client. Personnalisation à grande échelle, automatisation des process, analyse prédictive, l’IA s’impose comme un levier stratégique de performance qui permet d’améliorer la réactivité des équipes, d’optimiser les parcours clients, et de mieux anticiper les besoins de la clientèle.

Mais il ne faut cependant pas négliger que chaque gain de performance s’accompagne de risques nouveaux, qu’il est impératif d’identifier et de maîtriser. La dépendance aux données est le premier d’entre eux, car l’IA a besoin d’ingérer des volumes importants d’informations, souvent sensibles, qui concernent les comportements, les préférences ou les interactions clients. Il faut en conséquence veiller à ce que ne se produisent pas des fuites d’informations, d’erreurs d’interprétation, des biais dans le traitement des demandes, voire des décisions injustes ou discriminatoires.

La complexité et l’opacité des algorithmes sont un autre point de vigilance. Contrairement aux systèmes classiques dont les règles sont explicites, certains modèles d’IA fonctionnent comme des boîtes noires. Il est donc plus difficile de les auditer, d’expliquer les résultats, ou de détecter les dérives. Pourtant, une décision prise par une intelligence artificielle sans justification claire peut impacter la confiance des clients et créer des litiges.

Utilisée sans garde-fous, l’IA peut également avoir des pratiques jugées intrusives, comme des prédictions comportementales excessives, une segmentation trop fine, ou une automatisation des réponses qui manque de discernement. Même lorsqu’elle est déployée avec de bonnes intentions, l’intelligence artificielle peut déshumaniser les échanges, et avoir un effet contre-productif sur la qualité de la relation client.

L’industrialisation rapide de l’IA induit enfin des risques systémiques. Un modèle mal conçu ou mal entraîné peut diffuser des erreurs à grande échelle, influencer négativement les prises de décision, ou nuire à l’expérience utilisateur. Ces risques sont d’autant plus prégnants que de nombreuses entreprises s’appuient sur des solutions disponibles en SaaS, parfois développées par des fournisseurs tiers, dont les pratiques en termes de gestion des données ne sont pas toujours transparentes.

2. IA et sécurité des données clients : quels risques concrets ?

A. Risques liés au traitement automatique des données

Dans le domaine de la relation client, l’usage de l’intelligence artificielle retient notamment des fonctionnalités de traitement automatisé, qui permettent d’analyser, de croiser et d’interpréter en temps réel des données issues de multiples sources. Bien qu’efficaces pour optimiser les interactions, ces solutions induisent des risques dès que la gouvernance et la maîtrise de ces traitements ne sont pas parfaitement appréhendées.

Le premier d’entre eux relève d’un manque de maîtrise sur quant au cycle de vie des données. Dans certains cas, les informations collectées peuvent, de manière volontaire ou involontaire, être réutilisées pour d’autres usages non prévus à l’origine, comme du profilage marketing plus poussé ou des analyses comportementales non consenties. Ce type de dérive est contraire au principe de limitation des finalités inscrit dans le RGPD, et peut exposer l’entreprise à des sanctions.

Le risque de biais algorithmique ne doit pas non plus être négligé. Les modèles d’IA s’entraînent à partir de toutes les données qui sont à leur disposition, et celles-ci peuvent contenir des erreurs ou des imprécisions. Sans vigilance, ces biais peuvent être reproduits et amplifiés, et mener à des incidents comme des priorisations inéquitables des demandes, ou une catégorisation erronée des clients.

Il faut aussi considérer la question de l’exactitude et de la qualité des données utilisées. Un traitement automatique basé sur des données obsolètes, incomplètes ou mal saisies conduit à des résultats inexacts, qui peuvent à leur tour déclencher des actions inappropriées. Dans le domaine de la relation client, cela peut se traduire par des réponses non pertinentes, des recommandations non adaptées, voire une détérioration de l’expérience client.

L’accumulation de données personnelles dans les systèmes d’IA a également un caractère très sensible. Plus le volume de données est important, plus les conséquences peuvent être dommageables en cas de faille ou d’intrusion. Cependant, un traitement automatisé à grande échelle implique généralement que les données circulent entre plusieurs systèmes, API ou environnements d’hébergement, ce qui multiplie les points de vulnérabilité.

B. Risques d’intrusion et de cyberattaques

Les cyberattaques contre les entreprises et les organismes publics se multiplient les dernières années, et les systèmes d’IA sont justement des cibles de choix pour les cybercriminels. Les données stratégiques et commerciales qu’ils intègrent peuvent en effet être exploitées pour commettre des fraudes, alimenter des campagnes de phishing, ou encore être revendues sur le marché noir.

L’un des risques majeurs est l’exploitation des failles logicielles. Une vulnérabilité dans une application, une API mal sécurisée ou une mauvaise configuration d’hébergement cloud peuvent constituer des portes d’entrée pour avoir un accès direct aux bases de données. Les IA étant la plupart du temps connectées à plusieurs sources d’information en temps réel, ces intrusions sont en plus rapidement susceptibles d’être de grande ampleur.

Une technique qui s’est aussi considérablement développée avec l’avènement de l’IA est le data poisoning, qui consiste à injecter volontairement des données corrompues dans les modèles d’entraînement afin de fausser les résultats, ou d’engendrer des résultats incohérents. Le model extraction est également devenu courant, ce procédé visant à reproduire le modèle d’IA pour en comprendre le fonctionnement et en tirer parti, que ce soit dans le but de détecter les failles de sécurité ou d’exploiter ses points faibles.

Les attaques par ingénierie sociale sont une autre méthode utilisée par les cybercriminels, qui se font alors passer pour des humains auprès des systèmes ou des agents de l’entreprise pour obtenir des identifiants d’accès, ou pour convaincre un utilisateur en interne de transmettre des données sensibles. Les collaborateurs qui ont des droits d’accès plus élevés constituent alors des cibles privilégiées.

C. Risques liés aux partenaires et fournisseurs

La plupart du temps, l’intégration de l’intelligence artificielle dans la relation client implique de faire appel à différents prestataires, éditeurs de logiciels, fournisseurs de services cloud ou sous-traitants spécialisés. Cette dépendance, même si elle est nécessaire pour se doter des meilleures technologies, induit un risque supplémentaire en matière de gestion de la sécurité des données clients.

Le transfert et le partage des données sont le potentiel nœud du problème, car si le prestataire ne dispose pas de mesures de sécurité suffisantes, ou s’il opère depuis un pays où la législation en matière de protection des données est moins stricte que le RGPD, la confidentialité et l’intégrité des données peuvent être compromises. Mieux vaut donc avoir recours à des partenaires présents dans l’Union Européenne pour avoir la certitude que les règles à suivre sont connues et respectées.

La chaîne de sous-traitance est une autre problématique, les fournisseurs eux-mêmes pouvant déléguer certaines opérations à d’autres acteurs, parfois sans que cela ne soit signalé. Cette opacité complique la traçabilité et rend plus difficile la vérification du respect des normes de sécurité, alors qu’une faille chez un sous-traitant secondaire peut avoir les mêmes conséquences que si elle survient directement dans les systèmes de l’entreprise.

Il faut également prendre en compte les intégrations techniques. Les modules tiers connectés à un CRM, les API externes ou les extensions d’IA peuvent créer des points de vulnérabilité si leur sécurité n’est pas régulièrement auditée. Une simple mise à jour manquante ou une mauvaise configuration peut suffire à exposer l’ensemble de l’infrastructure.

La relation avec les partenaires pose enfin la question de la gouvernance contractuelle. Des clauses insuffisamment précises sur la gestion des données, l’obligation de notification en cas d’incident ou la réversibilité des services peuvent laisser l’entreprise cliente sans recours en cas de problème. Il est donc primordial d’instaurer des contrats détaillés, assortis de contrôles réguliers et d’audits de conformité, pour s’assurer que chaque acteur de la chaîne applique les mêmes standards de sécurité et de confidentialité.

3. Comment concilier performance et conformité dans l’usage de l’IA ?

A. Choisir des solutions IA conformes et souveraines

Le premier point de vigilance pour concilier performance et conformité est de choisir une solution d’intelligence artificielle conforme au RGPD, et qui a été développée dans un cadre qui garantit la souveraineté des données. Par ce biais, il est possible de se prémunir face aux risques juridiques, techniques, et en termes d’image de marque.

Privilégier un outil conçu et hébergé en Europe permet de s’assurer qu’elle respecte la réglementation en vigueur, et qu’elle n’est pas sous le coup des lois extraterritoriales susceptibles d’autoriser l’accès aux données par des autorités étrangères, comme le Cloud Act américain. C’est aussi le gage que le fournisseur connaît ses obligations légales, et qu’il intègre par défaut des mécanismes de conformité.

Les éditeurs des solutions d’IA doivent aussi être en mesure de fournir une documentation claire sur le fonctionnement de leurs modèles, sur les types de données collectées, et sur les mesures mises en place pour les protéger. Cela doit s’accompagner d’engagements contractuels en matière de localisation, de durée de conservation et de conditions de suppression des données.

Il faut également être vigilant en ce qui concerne les textes qui encadrent l’IA, ceux-ci évoluant rapidement. Il est donc essentiel de choisir un outil d’intelligence artificielle qui peut rapidement s’adapter aux futures obligations, à l’instar de celles qui découlent de l’AI Act. Les éditeurs proactifs sur ces questions, capables de mettre à jour leurs pratiques avant l’entrée en vigueur de nouvelles règles, sont les plus dignes de confiance.

La souveraineté ne se limite cependant pas à la localisation des données, car elle implique aussi de bien gérer sa dépendance technologique. Utiliser des technologies ouvertes ou interopérables, éviter les solutions en « boîte noire » sans possibilité d’audit, et pouvoir changer de prestataire sans se retrouver bloqué techniquement constituent des garanties supplémentaires pour garder le contrôle.

B. Intégrer la sécurité dès la conception (privacy by design)

Mettre en œuvre le principe de privacy by design revient à considérer la protection des données comme un élément fondamental du projet, en l’intégrant dès le départ. Cette approche, inscrite dans le RGPD, impose que chaque fonctionnalité d’une solution d’intelligence artificielle soit pensée pour limiter au maximum les risques liés à la sécurité des données clients, tout en garantissant le respect de leur vie privée.

Concrètement, cela signifie d’abord que seules les données strictement nécessaires à la finalité prévue doivent être traitées, ceci pour limiter l’exposition aux risques en cas d’incident, et pour soutenir la conformité. Les données utilisées pour entraîner ou alimenter les modèles d’IA doivent ensuite être systématiquement anonymisées ou pseudonymisées, cette méthode obligeant le recours à un protocole spécifique pour les exploiter.

Le privacy by design implique également de définir les règles de sécurité au moment de la création de l’architecture technique, ce qui inclut la gestion des droits d’accès, l’historisation complète des opérations (logs), le chiffrement des données en transit et lors de leur stockage, ainsi que la mise en place de mécanismes de détection et de correction automatique en cas de comportement anormal du système.

La traçabilité des opérations de traitement des demandes ou des données est elle aussi prépondérante. Chaque action effectuée par l’IA ou chaque interaction avec une donnée client doit pouvoir être justifiée et documentée. Cette exigence facilite les audits, renforce la transparence vis-à-vis des utilisateurs, et permet de réagir rapidement en cas de problème.

L’approche privacy by design doit enfin s’accompagner d’une vigilance continue, avec des contrôles réguliers, des mises à jour de sécurité, des révisions de code, et des adaptations aux nouvelles obligations légales ou réglementaires. C’est en adoptant cette démarche proactive que les entreprises peuvent conjuguer innovation, performance et respect des droits fondamentaux.

C. Sensibiliser et responsabiliser les équipes

Même avec une solution d’IA performante et sécurisée, le facteur humain reste un maillon essentiel, et parfois vulnérable, de la chaîne de sécurité. Il est donc indispensable de sensibiliser et de responsabiliser l’ensemble des collaborateurs impliqués dans la conception, le déploiement et l’exploitation des outils d’IA.

Il faut d’abord former régulièrement les équipes aux enjeux liés à la protection des données et à la conformité réglementaire. L’objectif est de développer une véritable culture de la sécurité, en expliquant les risques concrets, les bonnes pratiques à adopter, et les procédures à suivre en cas d’incident. Ces formations doivent aussi être adaptées aux différents postes et profils qui vont être amenés à utiliser l’intelligence artificielle.

Les collaborateurs doivent aussi être impliqués dans la gouvernance des données. Il faut ainsi définir clairement les rôles et les responsabilités, accorder les droits d’accès de manière stricte et adaptée, et instaurer un suivi permanent des actions réalisées sur les données sensibles. Cette responsabilisation a pour effet vertueux d’atténuer les comportements à risque, qu’ils soient volontaires ou non.

La mise en place de procédures de signalement rapides est un autre pan important de la sensibilisation des équipes. Chaque membre de l’entreprise doit savoir comment et à qui remonter une anomalie, une faille potentielle ou un comportement suspect d’un système d’IA. Plus le problème est rapidement détecté et remonté, plus grandes sont les possibilités de limiter l’impact d’un incident.

Des campagnes internes, des tests réguliers de phishing, des audits de conformité et des rappels ciblés doivent enfin être régulièrement menés pour que chaque collaborateur reste alerte et vigilant sur ces sujets. La sécurisation et la conformité d’un outil d’IA sont le résultat d’une implication collective, et d’un engagement constant de toutes les parties prenantes de l’entreprise.

Pour aller plus loin :

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