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17/11/2018

Yuka & Cie, ces applis qui secouent l’industrie alimentaire

Dans les rayons des supermarchés et des épiceries, Yuka est partout et est en train de faire sinon la loi, du moins une belle révolution ! Combien sommes-nous à avoir téléchargé cette appli et à nous être mis à scanner — un peu par jeu, au début, puis avec inquiétude — les produits alimentaires que nous avons l’intention d’acheter ou l’habitude de consommer ?

Nous serions 5 millions, disent certains. 6,7 millions disent d’autres.

Que ce soit l’un ou l’autre, c’est déjà énorme ! Et si Yuka est loin d’être la seule appli de son espèce [comme le rappelle ici L’ADN ], son succès dit sur les consommateurs des choses que les industriels de l’alimentaire n’ont pas forcément envie d’entendre, mais dont ils vont bien être obligés de tenir compte, et vite !

Plus personne ne veut manger n’importe quoi !

C’est la première leçon qu’on peut tirer du « phénomène Yuka ». Et on ne peut vraiment pas dire que ce soit une surprise. Maints documentaires et reportages nous ont plus que sensibilisés aux méfaits de la malbouffe et à la tromperie des « allégations de santé ». On ne compte plus non plus les articles faisant le lien entre alimentation et santé, non sans polémique, d’ailleurs… Cela fait des années que le bio monte en puissance et que, tous autant que nous sommes, nous avons dans notre entourage des gens qui ont éliminé qui le gluten pour cause d’allergie, qui la viande par conviction écologique… Et je passe sur les accros aux régimes en tous genres… Bref, comme le souligne Philippe Moati, cofondateur de l’Observatoire Société et Consommation (ObSoCo), dans cette tribune :

« Les signaux faibles de la montée de ce rapport éthique à l’alimentation étaient perceptibles depuis longtemps à quiconque prêtait un minimum d’attention aux tendances sociétales. »

D’après l’étude réalisée par l’Obsoco en 2017, un peu plus de la moitié des personnes interrogées déclaraient avoir modifié de manière significative la composition de leur alimentation au cours de l’année précédant l’enquête. Soyons clairs : cela ne signifie pas que plus de la moitié des Français seraient passés au véganisme radical. Même si on parle beaucoup d’eux dans les médias, les végans ne représenteraient que 0,4 % de la population. Cela veut clairement dire que M. et Mme Toulemonde font désormais attention à ce qu’ils mangent et, par extension, veulent savoir ce qu’ils mangent, c’est-à-dire ce qu’il y a vraiment dans les produits alimentaires qu’ils consomment au quotidien. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas si facile que ça. Même les plus déterminés et les mieux informés d’entre nous sont démunis devant les listes et les noms à rallonge des additifs alimentaires qu’on trouve sur les étiquettes. Sont-ils inoffensifs ? Dangereux ? Bien malin qui peut le dire… Eh bien,  justement, Yuka, Yaquoidedans, Open Food Facts et leurs semblables vous le disent. Et si vous décidez de boycotter les produits qui en contiennent trop ou de faire la chasse aux « substances controversées » et aux « sucres cachés », ces applis vous aident à le faire sans vous prendre la tête.

Yuka rappelle au consommateur qu’il a un vrai pouvoir

Aucune de ces applications n’est parfaite. Toutes ne privilégiant pas les mêmes critères, il arrive qu’elles fournissent des informations contradictoires. Les nutritionnistes y trouvent à redire, évidemment… Les industriels aussi, forcément… Il n’empêche que ces applis remettent entre les mains des consommateurs un pouvoir qu’il tendent trop souvent à oublier : le pouvoir de dire non. Le pouvoir de ne pas acheter.

En réalité, Yuka et ses sœurs sont en train d’opposer et d’imposer aux géants de l’alimentaire ni plus ni moins que le NutriScore, ce système d’étiquetage nutritionnel (pourtant facultatif) qu’ils ont tenté de tuer dans l’œuf, avant de chercher à imposer le leur (baptisé « Evolved Nutrition Label »). Surtout, en stigmatisant les « mauvais » produits, les applis incitent les consommateurs à s’en détourner, à les laisser en rayon et obligent les industriels à réagir s’ils ne veulent pas voir leurs ventes s’effondrer.

Pour les industriels, le plus difficile ne sera pas d’améliorer la composition des produits mal notés par l’une ou plusieurs de ces applis. Ce sera de convaincre les consommateurs qu’ils l’ont améliorée. Si vous découvrez que le jambon que vous aviez l’habitude d’acheter les yeux fermés est bourré de substances non indispensables ou, disons, discutables, vous vous tournez vers celui qui est le mieux noté dans votre appli préférée. La probabilité pour que, quelques mois plus tard, vous re-scanniez le premier produit, qui entre temps aura été « amélioré », est quasiment nulle. Vous n’y reviendrez pas. Les applis, même si telle n’est pas leur ambition, sont de fait prescriptrices et bénéficient de la confiance des consommateurs. C’est ce mécanisme impitoyable de prescription quasi irréversible que les grandes marques alimentaires n’ont pas vu venir et qui risque de leur coûter très cher, et ce alors que leur cote de confiance est déjà au plus bas…

Seule issue : la sortie par le haut

Comme le rappelle Philippe Moati, « industriels et distributeurs, depuis longtemps déjà, ont fait évoluer leur offre pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs-citoyens : produits bio, produits locaux, soutien aux petits producteurs […] L’enjeu pour les grands acteurs du marché alimentaire n’est rien de moins que de refonder leur légitimité. Pendant des décennies, celle-ci était associée à l’accès à une alimentation de qualité standard à prix démocratiques. Aujourd’hui, la question est moins de manger plus et moins cher que de manger mieux. »

Et pour manger mieux, ils sont réellement prêts à payer plus. Cela se vérifie dans les chiffres. Avec un budget de 2200 euros par personne et par an, les Français font partie des Européens qui dépensent le plus pour leur alimentation. Les dernières statistiques européennes disponibles (2016) montrent que, depuis 2010, le poste « dépenses alimentaires » est à la hausse dans le budget des ménages, avec une augmentation moyenne de 200 € par personne en 6 ans. C’est la première fois depuis des décennies. Et ce n’est pas à cause de l’inflation ni parce que leur pouvoir d’achat a augmenté. C’est parce qu’ils achètent, PAR CHOIX, des produits de meilleure qualité. Aux industriels de faire en sorte que leurs produits méritent d’être choisis pour cette raison. S’ils le sont vraiment, Yuka & Cie seront les premiers à le confirmer.

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