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15/08/2018

La voix comme interface, un monde pas (si) simple…

Utiliser sa voix comme interface, tout le monde a l’air de trouver que c’est plus simple, plus naturel. Eh bien, ça dépend pour qui ! Moi, par exemple, je suis un poisson (de la rarissime espèce 3D-Blu-Ray CRMSmartus) et il se trouve que les poissons n’ont pas la faculté d’émettre des sons articulés qui forment des mots. Même moi, qui suis pourtant un poisson tout à fait extraordinaire et particulièrement doué pour les relations, je ne peux pas utiliser ma voix comme interface : malgré mes liens ancestraux avec la famille des Delfinidae, je n’ai pas de voix. Donc les interactions vocales avec les machines, ce n’est pas pour moi 🙁

La voix comme interface, c’est encore très frustrant…

La dernière fois que j’ai essayé d’interpeller Siri sur le smartphone de Brendan, il ne s’est rien passé du tout. Je me suis renseigné : cela arrive aussi aux humains, et plus souvent qu’on veut bien le dire. Des chercheurs d’Orange Labs mènent depuis 2015 des enquêtes sur les usages des assistants vocaux par les familles. Ils soulignent, dans cet article, le fossé entre le discours promotionnel sur les capacités conversationnelles de systèmes comme Echo d’Amazon et Google Home, leurs capacités réelles et les usages. Il apparaît que :

« dans la pratique il n’est pas aussi simple de leur parler, cela demande souvent un effort de la part des utilisateurs quel que soit le système. »

Pour être compris, les utilisateurs doivent fréquemment parler plus fort, mais surtout répéter leurs énoncés, les reformuler, les raccourcir ou les développer et d’autant plus quand le système donne l’illusion d’une conversation naturelle. En effet, paradoxalement :

« Plus le système fonctionne correctement et mobilise des pratiques conversationnelles ordinaires, plus [les utilisateurs] ont tendance à parler « naturellement » et plus cela risque de conduire à l’échec du dialogue. »

Effet « boîte noire »

Les assistants vocaux domestiques sont par défaut toujours sur « ON ». C’est logique puisqu’ils doivent pouvoir détecter à tout moment le mot qui les active. Du coup, les utilisateurs s’inquiètent de savoir ce qui est écouté, traité et stocké. Que deviennent les données des conversations ? Personne ne le sait vraiment. Et même si les gens n’ont fondamentalement rien à cacher, cela pose un sérieux problème de protection de la vie privée. Au-delà de ce que vous pouvez explicitement dire et demander à ces assistants, le seul fait d’utiliser votre voix comme interface fournit énormément d’informations sur vous. Votre voix porte des informations sur votre âge, votre sexe, vos origines, votre éducation, vos ressentis, votre état physique ou psychique et, dit ce spécialiste du traitement de la parole et de l’authentification vocale, peut-être même sur vos intentions… Quand il ajoute :

« Bien entendu, ou peut-être heureusement, nous ne savons pas décrypter toutes ces informations avec une fiabilité suffisante pour une exploitation réelle. Pas encore du moins… »

On n’est pas vraiment rassuré… Moi au moins, quand je suis derrière mon clavier personne ne sais que je suis un poisson bleu (un poisson bleu, c’est quand même mieux qu’un chien !).

Guerre de conquête

S’il s’agissait seulement d’utiliser la voix comme interface pour demander la météo, tel ou tel morceau de musique ou l’heure de la prochaine séance de ciné, cela ne porterait guère à conséquence. A vrai dire, s’ils se limitaient à ça, les assistants domestiques à interface vocale n’auraient pas grand intérêt pour les utilisateurs. Ce qui les rend intéressants, c’est le nombre de services auxquels ils peuvent donner accès et le nombre d’objets connectés qu’ils peuvent commander. Et là, les fournisseurs de ces gentilles machines intelligentes se battent tous pour occuper la première place et étendre leur écosystème.

Tous font le forcing pour ça et il est assez logique que les marques veuillent toutes devenir joignables via ce canal. De plus, d’un point de vue commercial, ce n’est pas neutre d’être LA réponse que donne Google Home ou Alexa quand on leur pose une question. Le SEO vocal a incontestablement un bel avenir devant lui. La bonne nouvelle, c’est que le développement des requêtes vocales devrait favoriser les réponses locales : si vous cherchez une jardinerie ou un restaurant indien, vous préciserez forcément « le plus proche ». On ne va pas vous faire traverser la moitié du globe pour acheter des pétunias ou déguster un biryani poulet.

Quand et où le consommateur donne-t-il son consentement ?

Bonne question ! Sans aucune réponse très claire, que ce soit pour les assistants avec lesquels on utilise la voix comme interface et tous les autres objets connectés. Réunis dans l’association Tech in France, les éditeurs de logiciels et fournisseurs d’objets connectées et de services sont vent debout contre l’ePrivacy, le règlement européen qui (en plus du RGDP) doit protéger la vie privée « en ligne » (en cours d’élaboration, adoption en vue début 2019). Ils redoutent une explosion des demandes de consentement qui ne peut, selon eux, que nuire à l’adoption et à l’utilisation des objets connectés.

Ben oui, c’est contraignant pour l’utilisateur de devoir donner son consentement à tout bout de champ… et contraignant aussi pour les acteurs de la filière de gérer cette marée de consentements… Est-ce qu’on peut compter seulement sur l’éthique desdits acteurs pour éviter ça ? Vu l’utilisation que font certains des données à caractère personnel de leurs utilisateurs, rien n’est moins sûr…

Si vous voulez vous faire peur, lisez l’article The House That Spied on Me. C’est le récit d’une journaliste qui a fait l’expérience de rendre son appartement « intelligent ». C’est assez flippant, de même qu’une de ses conclusions que vous trouverez aussi dans cet article :

« avoir une maison connectée signifie que chacune des personnes qui y vivent ou simplement la visitent entre dans votre système panoptique, alors même qu’il n’est pas évident pour tout le monde que les objets du quotidien aient de telles capacités d’espionnage ».

Si vous ne savez pas trop ce qu’est un système panoptique, renseignez-vous. Ce qu’en dit Foucault fait sérieusement réfléchir…

Bon, je crois qu’une fois de plus je me suis un peu éloigné de mon point de départ… Encore que : tous ces objets connectés, c’est bien de plus en plus à la voix qu’on va les piloter. Enfin vous, les humains…

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