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22/11/2017

Quand les touristes ne sont plus les bienvenus dans nos villes

Récemment rentré de vacances, je découvre, dans les médias, que les touristes, à qui on associait naguère l’idée de manne économique, ne sont plus les bienvenus dans un nombre croissant de villes du vieux continent ! Voilà qu’au lieu de se réjouir de l’attractivité de leur ville et de la joyeuse animation apportée par les touristes, les populations locales ne voient plus en ces derniers que des importuns, des malappris, des perturbateurs du marché immobilier – bref, des empêcheurs de vivre tranquillement chez soi, entre soi… Après avoir déploré les conséquences désastreuses des attentats sur le secteur, ne faudrait-il pas plutôt se réjouir de voir les touristes revenir et faire « ce qu’il faut » (mais quoi ???) pour que l’expérience qu’ils vivent chez nous soit aussi plaisante et inoubliable que celle que nous allons chercher ailleurs quand nous voyageons ?

La faute à qui ? Au tourisme de masse…

Si vous en doutez, voici quelques titres d’articles récents qui ne laissent aucun doute sur le grand coupable de cette rébellion qui touche d’abord l’Espagne, mais pas que : le tourisme de masse, celui-là même qui, comme le rappelle le sociologue Jean Viard dans cette tribune, aura permis en 2017 à 1,2 milliards d’humains de visiter un autre pays que le leur, 20 fois plus qu’en 1968 !

  • Le Monde (13/08/2017) — En Espagne, le ras-le-bol du tourisme de masseEn Catalogne et aux Baléares, la « tourismophobie » s’installe, alors que le secteur représente 11,2 % du PIB ibérique et fait vivre 2,5 millions de personnes.
  • France Culture (14/08/2017) – Doit-on réguler le tourisme de masse ? De plus en plus de villes européennes étouffent sous le tourisme de masse devenant alors les victimes de leur succès. De nombreuses voix s’élèvent contre les effets pervers d’une telle activité parallèlement à des discours enjolivant ses bienfaits économiques.

Donc, la cause est entendue : le problème, c’est le tourisme de masse. Sauf que la masse, c’est vous, c’est moi, c’est nous, en fait c’est tout le monde, des centaines de millions de gens qui ont envie d’aller voir autre chose ailleurs qu’au bout de leur rue et qui pour ça

  • utilisent les services d’agence de voyages en ligne (majoritairement, mais pas que),
  • achètent des billets d’avion (à des prix dérisoires, parfois)
  • passent par Airbnb, booking.com ou autre pour trouver l’hébergement qui convient à leur bourse,
  • prennent des taxis ou des VTC,
  • visitent les musées et les monuments,
  • paressent aux terrasses des cafés,
  • achètent des sandwiches à midi mais dînent au restaurant (quel qu’il soit),
  • passent la journée dans les parcs de loisir,
  • achètent des souvenirs dans les boutiques (ou aux vendeurs à la sauvette)

Bref, c’est une économie complète, chaotique puisque subissant de plein fouet les aléas climatiques et politiques en tous genre (terrorisme compris, hélas), mais une économie en croissance, qui représente beaucoup d’emplois et, pour ce qui concerne la France, qui compte pour 7,3 % dans notre PIB (2015).

Plutôt qu’incriminer les touristes, ayons une politique touristique

J’ai beau râler moi-même contre les files d’attente qui me dissuadent régulièrement d’emmener mes enfants ou des amis de passage à la tour Eiffel ou en haut des tours de Notre Dame, je n’arrive pas à déplorer la croissance du tourisme et l’afflux de visiteurs étrangers à Paris. A Florence, A Barcelone, à Berlin, à Venise, je suis exactement comme eux : touriste, à la recherche de « bons plans » et d’expériences nouvelles. Je rejoins Jean Viard quand il écrit dans sa récente tribune :

« De plus en plus, l’humanité va « se visiter ». Car le premier but du voyage, c’est l’autre, son territoire, sa culture, ses paysages, ses oeuvres, ses divertissements… La démocratisation en cours du voyage est un enjeu mondial immense pour faire terre commune. »

Le tourisme, quelles que soient les formes qu’il prendra, ne sera plus jamais l’affaire d’une poignée d’ultra privilégiés comme dans les romans d’Agatha Christie des années 30. Il sera massif et si l’on ne veut pas qu’il s’écroule sur lui-même, il n’y a pas 36 solutions : il faut le gouverner, l’organiser, le diversifier, en d’autres termes, il faut avoir une vraie politique touristique. L’ambition de la France d’accueillir 100 millions de visiteurs étrangers en 2020 est absurde si elle ne se traduit pas par des bénéfices pour les touristes ET pour les Français. Il faut que le tourisme en France parvienne à générer davantage de valeur sans en détruire. Pour cela, les acteurs privés jouent évidemment un rôle central dans la transformation et la diversification de l’offre, mais il faut une partition et un chef d’orchestre. Faute de quoi, ceux qui y gagneront vraiment seront une fois de plus les « intermédiaires surpuissants » du tourisme qui aujourd’hui tirent de facto les prix vers le bas, favorisent les surfréquentations et amplifient, par la magie de leurs mystérieux algorithmes, les phénomènes de mode et… de masse…

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1 Commentaire

  1. Pascal Gautier
    Répondre

    Excellent ! j’applaudis et je partage cette vision, rentrant moi même d’un séjour à Biscarosse, j’ai du mal à accepter l’incohérence entre l’attractivité de ces sites et les capacités offertes pour la logistique urbaine… Beau sujet de réflexion pour inventer de nouveaux systèmes de mangement concertés. Paris 2024 offre une belle opportunité de s’y préparer. Après la publication AFNOR sur les systèmes de management responsable appliqués à l’activité événementielle (ISO20121 de 2012), la normalisation internationale (au sein de l’ISO TC228) travaille actuellement pour concevoir un modèle de système de management responsable des infrastructures hôtelières, intégrant des critères liés à l’environnement et aux aspects sociétaux. C’est un début, il faudra profiter de cette première expérience pour aller au delà, en mobilisant tous les acteurs de l’industrie touristique. C’est le moment d’y participer : les étapes décisives permettant d’influer sur ces projets de normes ont lieu actuellement (pour une 1ère publication en 2018 ou 2019).

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