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Spam, spammers et spammés

Walter da Silva
19 juin 2014

 

Le spam, on n’en parle pratiquement plus depuis que nos messageries et surtout nos fournisseurs d’accès se sont équipés de filtres globalement efficaces. Donc plus de messages pour vous fourguer du Viagra et même plus d’e-mails de richissimes étrangers vous proposant de les aider à rapatrier une grosse somme d’argent. Et pourtant, le spam n'a pas disparu. C'est une industrie qui prospère en ciblant désormais moins les messageries que Twitter, Facebook, les pages « commentaires » des blogs et des sites d’information et les pages d’avis de consommateurs sur les sites d’e-commerce. Bref, les spammers évoluent au rythme d’Internet et s’infiltrent dans tous les espaces où leurs messages sont susceptibles d’être vus.

Si je vous parle de spam et de spammers aujourd’hui c’est parce que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt cet article de Finn Brunton, l’auteur de "Spam: a Shadow History of the Internet" publié l’année dernière (mais non traduit en français). On y apprend, entre autres choses, qu’en 2006, 85% du trafic e-mail étaient constitués de spams n’arrivant en grande partie jamais dans les boites de réception parce qu’interceptés en amont. On y apprend aussi l’origine du mot et surtout la manière dont s’est structurée cette industrie massive et complètement automatisée. Elle manipule de tels volumes qu’elle renvoie les activités licites d’e-marketing et de publicité en ligne, pourtant en pleine explosion, au rang de petit artisanat.

Tous spammés et spammers sans le savoir ?

Qu’est-ce que nous considérons comme du spam ? Spontanément, j’aurais tendance à dire « tout message non explicitement sollicité », ce qui tendrait à inclure les pubs plus ou moins intrusives, les e-mails publicitaires, les offres promotionnelles que nous n’avons autorisé personne à nous envoyer, les newsletters auxquelles nous ne nous sommes jamais inscrits – en un mot, tout ce dont Charlotte Desrosiers nous parlait dans son dernier billet.

D'après Finn Brunton, l’histoire du spam est celle d’une lutte permanente entre les deux côtés de la force : d’un côté, les activités licites qui peuvent certes vous pourrir la vie mais qui n’ont pas d’objectif criminel ; de l’autre côté, les « bas fonds » de l’Internet où le jeu ne consiste plus à vous vendre quoi que ce soit mais, comme l’explique l’auteur :

« à récolter des numéros de carte de crédit et des mots de passe, à s’ouvrir un chemin dans les comptes bancaires de l’internaute, à paralyser les services du Web, à surcharger les serveurs, à extorquer de l’argent et à neutraliser les adversaires ».

En d’autres termes, ce que nous voyons du spam au quotidien, sous forme de messages non désirés parfois grotesques, n’est que la partie « pour rire » du spam. Le reste, c’est l’infiltration dans nos machines les mieux protégées, de botnets qui font de nous les relais inconscients et impuissants d’une économie carrément maffieuse.

Si vous êtes marketer, cette distinction claire entre licite et maffia ne vous dédouane pas de vous poser la question de la légitimité des messages que vous adressez à vos cibles. Il y a plein de choses tout à fait légales qui ne sont pas pour autant perçues comme légitimes et qui peuvent saper votre réputation, à la longue ou du jour au lendemain.

Pour en savoir plus sur le spam, vous pouvez lire les articles de Finn Brunton ici ou ici ou encore écouter l’interview diffusée le 31 mai 2014 dans l’émission Place de la Toile. Cela dure environ 50 minutes et on y apprend des tas de choses édifiantes !

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