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Les Français accros à l’économie du partage. C’est un peu vite dit !

Brendan Natral
11 novembre 2014

 

Que l’économie du partage, ou sharing economy, progresse en France, c’est certain. Dire que les Français y sont accros, c’est aller un peu vite en besogne. C’est pourtant ce que fait cet article de Challenges qui, au-delà de son titre fallacieux, montre qu’en fait la société française est encore loin d’être convertie à l’économie du partage ou à l’économie collaborative.

Ce qui marche pour l'instant, c’est surtout la vente entre particuliers

L’étude* à laquelle se réfère Challenges montre en effet que les Français sont surtout branchés vente et achat de produits d’occasion entre particuliers. A ce titre, ils plébiscitent leboncoin.fr et sont 73% à l’utiliser. C’est phénoménal ! Mais vendre et acheter d’occasion, en quoi est-ce du partage ? En quoi est-ce collaboratif ? C’est du commerce, du commerce C2C si on veut, mais avant tout du commerce ! Ce qui m’agace, c’est que l’on range cette pratique au rang des « comportements responsables » ou d’une quelconque préoccupation citoyenne. Je ne dis pas que mes contemporains soient dénués d’esprit de citoyenneté ou de conscience écologique ! Je dis que leur première préoccupation est simplement économique : pour 84% des personnes interrogées, acheter d’occasion est un moyen d’améliorer son pouvoir d’achat, autrement dit de pouvoir continuer à consommer autant, si ce n’est plus. Si au passage, cela donne une seconde vie aux objets et permet de se débarrasser de ce qui nous encombre, tant mieux. Au final et globalement, cela fera peut-être une différence significative sur le nombre démentiel de choses que nous jetons et dont nous aimons croire qu'elles seront recyclées parce que nous les avons mises dans le bon bac à la déchetterie.

L’aura positive des nouveaux modes de consommation

Pour le reste, à savoir le covoiturage, les achats groupés ou les échanges de services, il va falloir attendre quelques années avant de franchir la barre des 50% de pratiquants. Quant à louer sa voiture à un autre particulier ou échanger son logement pour les vacances, on est encore très loin du compte en 2014 avec moins de 5% de pratiquants ! Et encore, il faudrait distinguer entre pratique systématique, régulière et occasionnelle… Bref, tout le monde trouve ça très bien, très positif – moi le premier !!! – mais pratiquement personne ne le fait… On est tous d'accord pour dire que c'est idiot de posséder une perceuse dont on se sert, dans le meilleur des cas, une fois ou deux fois par an. La bonne option serait de la louer, évidemment ! A un particulier, via une plateforme comme Ziloc, ou à un loueur ou à magasin de bricolage.

Pour l'instant, l’aura positive est inversement proportionnelle au pourcentage de pratiquants… En revanche, je ne doute pas que cela évolue à la hausse, tout simplement parce que l’offre se structure et que les plates-formes d’intermédiation (du type blablacar) investissent beaucoup pour sécuriser les transactions et fiabiliser les mises en relation. L’économie du partage est un business qui fonctionne fondamentalement à la confiance. Et la confiance, dans un univers digital, ça passe par l’évaluation systématique de tous et chacun par tous et chacun. On appelle ça la transparence. A défaut de réduire son empreinte écologique, chacun va assurément étendre son empreinte digitale et devoir gérer sa réputation de bon collaborateur, vendeur ou échangeur sur les diverses plateformes qu’il utilisera. Allez savoir si, demain, votre futur employeur n’ira pas vérifier votre cote en tant que vendeur sur leboncoin ou votre note de co-voituré sur blabacar pour être sûr que vous êtes quelqu’un de bien ? OK, on n’en est pas là mais je ne peux m’empêcher de penser que cela pourrait arriver…

* Mediaprism pour60 millions de consommateurs. Sondage réalisé en ligne du 1er août au 5 septembre 2014. Echantillon de 1 115 répondants, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas. Le rapport complet est accessible ici.

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