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Le père Noël du UK boycotte Amazon… enfin, essaie…

09 décembre 2014

 

Oui, Amazon est en tête de tous les classements pour l’excellence de son service client, pour son offre illimitée, pour ses prix (presque) toujours les plus bas… Seulement voilà : Amazon est aussi un champion de l’optimisation fiscale et un employeur déplorable et ça, ça commence sérieusement à exaspérer certains de nos amis Britanniques. D’où l’initiative d’Amazon Anonymous invitant les consommateurs d’outre-Manche à boycotter le site d’e-commerce du 1er au 25 décembre.

amazon free challenge

D’après cet article du Guardian, le 1er décembre, plus de 11 000 personnes avaient signé en ligne la promesse de ne pas faire leurs achats de Noël chez Amazon.  Ce n’est pas rien mais cela n’a rien de phénoménal rapporté à la population totale du Royaume-Uni (64,3 millions), c’est même carrément dérisoire… Quant au manque à gagner pour Amazon, il est estimé à un peu plus de 3M£ au moment où j’écris ce billet, autant dire pas grand-chose par rapport au CA que le marchand réalisera au UK au mois de décembre. Surtout, c’est moins que les malheureux 4,2M£ d’impôts payés par Amazon en 2013 au Royaume-Uni [pour un chiffre d’affaires de 4,3 milliards (£), tout de même !] grâce à sa savante ingénierie fiscale. Bref pour Amazon, ce boycott sera à peine une piqure d’épingle. Sauf pour la réputation de l’entreprise, ce qui n'est pas tout à fait rien...

Qui de l’œuf ou de la poule...

Si je vous en parle, c’est parce que je trouve que cette tentative de boycott dit plein de choses intéressantes sur la période actuelle et sur les rapports paradoxaux entre les grandes entreprises et les citoyens.  En France aussi, nous nous exaspérons des pratiques fiscales d’Amazon, de Starbuck, d’Apple et Google. Les médias en parlent, cela fait la Une de temps en temps, on en discute avec indignation… mais combien d’entre nous changent réellement leurs comportements pour signifier leur désapprobation ? Combien d’entre nous vont, dans les deux semaines qui viennent, finalement acheter leurs cadeaux de Noël chez Amazon, en dépit de tout le mal qu’ils ont pu en dire ? Je rapproche ces questions d'une info tirée du Baromètre du Bien-Être Durable LinkUp/Ipsos* qui vient d'être publié. On y apprend que 18% des personnes interrogées auraient déjà renoncé à acheter les produits d'une entreprise/marque en apprenant qu'elle s'implantait dans un autre pays pour payer moins d'impôts et 16% en apprenant qu'une marque exerçait de fortes pressions sur ses salariés.

Enfin, je me demande comment les personnes qui travaillent chez Amazon, notamment dans les entrepôts, réagissent quand leur entreprise est mise sous les projecteurs pour des raisons peu glorieuses : l’optimisation fiscale agressive, les conditions de travail catastrophiques (y compris celles des "Turcs mécaniques", bien que ceux-ci ne soient pas salariés d'Amazon. Ils commencent d'ailleurs à se rebeller) ou encore les dépôts de brevet délirants... Sans parler de leur inquiétude probable de se voir remplacer prochainement par des robots. C’était prévu de longue date et cela a commencé aux États-Unis. On peut se réjouir que des machines fassent ce boulot harassant à la place d’êtres humains (qui en plus étaient mal payés). Mais cela fait encore des emplois en moins… C’est, dit-on, la condition pour qu’Amazon continue à proposer des prix bas, des innovations et un service client au top… Qui de nous a envie de renoncer à cela ? Personne au fond. Et c’est bien le problème : le problème de l’œuf et de la poule, en quelque sorte...

*enquête en ligne réalisée du 5 au 12 mai 2914, auprès de 1002 Français constituant un échantillon représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Le slideshare est disponible ici.

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