Blog

Big Data & Co : nos vies algorithmisées

10 juillet 2014

 

A l’heure où l’on annonce en France un plan Big Data visant à lutter contre l’hégémonie étatsunienne, il est de bon ton de trouver ça formidable et, même si on ne sait vraiment pas grand-chose du contenu dudit plan, de s’en réjouir. Comment pourrait-on être « contre » ce qui nous est présenté à la fois comme le sens de l’histoire (vaste sujet !!!) et la clé de la relance économique, du renouveau industriel, de la transformation numérique à l’œuvre dans tous les secteurs et, accessoirement, de notre bonheur futur ?

Il n’y a pas à être pour ou à être contre les big data mais j’avoue être de plus en plus agacé par l’unanimité louangeuse qui entoure ce sujet. Il y a quelques mois, dans ce billet, je vous avais fait part de mon intérêt pour ce long article d’Antoinette Rouvroy et Thomas Berns qui portent un regard critique – autrement dit, politique – sur les big data et ce à quoi pourrait ressembler une société régie par les algorithmes. Cela vous remet sérieusement les idées en place si vous croyez encore à la neutralité idéologique de la technologie – et cela secoue presqu’autant que Farenheit 451 ou 1984, version texte ou cinématographique...

D’autre voix critiques s’élèvent et je trouve que c’est une excellente chose. On peut se féliciter que les masses de données que nous générons à travers tout ce que nous faisons soient utilisées à grande échelle pour devancer nos moindres désirs de consommateurs (et, à vrai dire, les façonner de toute pièce), préserver notre santé, écarter de nos cerveaux sur-sollicités tout un tas de préoccupations sans intérêt… Mais on ne peut pas dissocier les aspects positifs de leurs pendants négatifs ainsi que des questions de choix de société que cela induit et dont il faudrait au moins discuter. Donc je me réjouis de voir paraître des articles grand public abordant, comme celui-ci, le côté obscur de la data, qui édifiera ceux qui ne veulent pas croire qu’ils sont déjà trackés en permanence et qui croient dur comme fer qu’ils sont seuls maîtres de leurs choix…

Je me réjouis aussi de rencontrer des définitions "savantes" des big data, comme celle de Bernard Stiegler, qui rompt avec la bien pensance maintream : « Les big data désignent un nouvel âge de la catégorisation computationnelle mise en œuvre par la modélisation, la visualisation et la simulation effectuées à partir de très vastes bases de données, elles-mêmes produites en temps réel par l’activité des gens et des agents, y compris des agents artificiels, par l’intermédiaires d’organes artificiels (data centers, etc.). » Cela ne vous paraît pas limpide mais si vous faites l’effort de lire le texte de Stiegler d'où cette citation est extraite, vous comprendrez mieux ce qui se joue autour des big data et de l’algorithmique sur lesquels reposent l’automatisation massive de tout ce qui fait notre quotidien et qui oblige, entre autres, à s’interroger sur le devenir de l’emploi.

Si vous cherchez une définition moins savante, moins problématique et plus marketing des big data, (re)lisez le premier post que nous avions consacré à ce sujet. Et si vous devez expliquer ce que c’est à vos enfants, à votre mère ou à votre grand-mère -- sans leur faire peur -- cette sympathique tribune de Didier Schreiber d’Informatica me parait tout à fait indiquée.

Ce contenu vous a plu ?

Inscrivez-vous à notre newsletter