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30% des Français sont prêts à vendre leurs données personnelles. OK, mais à qui ?

Brendan Natral
15 octobre 2014

A force de s’entendre dire que leurs données personnelles ont de la valeur, les Français en viennent logiquement à penser qu’ils devraient les vendre ou a minima les céder contre un avantage matériel quelconque. C’est la grande "révélation" du sondage publié la semaine dernière par Havas Media* largement repris un peu partout. En lisant que 30% des Français seraient prêts à donner un large accès à leurs données personnelles pour 500€ par an, la première question qui me vient à l’esprit qu’est-ce qu’ils mettent exactement dans le package à 500 € ? Leurs données bancaires et médicales ? J’en doute. Leur correspondance mail ? J’en doute aussi… Alors quoi ? Leurs données de navigation, celles qu’ils partagent sur les réseaux sociaux, les données de géolocalisation de leur smartphone, celles du détecteur de fumée Nest qu’ils ont installé dans leur cuisine et de tous leurs objets "intelligents" ? La chose gagnerait à être précisée et, sachant que 84% des personnes interrogées se disent inquiètes de l'usage qui peut être fait de leur données, je serais curieux de voir ce qu’il resterait du pourcentage de vendeurs potentiels si la liste incluait effectivement ces différents types de données…

Deuxième question : « à qui imaginent-ils vendre ces données ? »

Bonne question !!! Qu’il y ait des voleurs et des trafiquants de données personnelles, ça c’est sûr, et pas que sur Darknet ! Mais des acheteurs ? Pour l’instant je n’en vois pas d’autres que les marchands de pub, au sens large, et je vois mal ces derniers payer à des particuliers ce qu’ils peuvent récupérer pour presque rien par ailleurs. Et puis, pour vendre ses données personnelles, encore faut-il en être propriétaire ! D’un point de vue juridique, c’est théoriquement le cas : vos données personnelles vous appartiennent, à ceci près que vous n’en avez souvent aucune maîtrise technique et que vous les avez déjà probablement cédées tacitement à Facebook, Google, Twitter et autres en échange du droit d’utiliser « gratuitement » leur plateforme. Mais ce n’est pas parce que cela fait des années que cela fonctionne comme ça – d’une manière un peu opaque pour les contributeurs que sont les internautes, il faut bien l’avouer – que ça ne peut pas changer.

Les prémices d’un marché C2B des données personnelles ?

Vous vous souvenez peut-être de l’initiative « militante » de Frederico Zannier qui, en 2013, a mis en vente ses données personnelles sur le site de crowdfunding Kickstarter. Son objectif n’était pas tant de monétiser ses données que de sensibiliser les internautes à l'utilisation qui est faite des leurs, notamment à des fins de ciblage publicitaire, comme il l'explique sur ce site. Dans son sillage, mais à des fins commerciales cette fois, la startup Datacoup propose aux particuliers jusqu’à 8 euros par mois en échange de leurs données. Il suffit de télécharger un logiciel qui suit et transmet à la plateforme tout ce que vous faites et voyez en ligne, la startup revendant ces données anonymisées à des entreprises. Il existe sans doute déjà d’autres entreprises qui tentent de s'installer sur ce marché mais je ne peux pas m’empêcher de remarquer qu’on est très loin des 500€ par an imaginés par les Français interrogés par Havas Media… Ce n’est pas demain que la vente de vos données personnelles vous aidera à boucler vos fins de mois…

* Sondage "Les Français et la data : je t'aime moi non plus" réalisé par Toluna pour Havas Media auprès d'un échantillon de 1000 internautes français du 5 au 20 août 2014.

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